Le gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin, à Paris le 15 septembre 2026. ( AFP / Ludovic MARIN )
Le gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin a appelé mercredi le monde politique français à "prendre (ses) responsabilités" pour permettre l'adoption d'un budget, dans une allusion apparente à l'article 49.3 de la Constitution ou à l'usage d'ordonnances.
"Il existe un certain nombre de dispositions dans la Constitution française permettant qu'un budget soit voté ou adopté même sans majorité au Parlement", a-t-il déclaré lors de l'assemblée annuelle du Fonds monétaire international (FMI) à Bangkok.
"Je ne pense pas que la BCE (Banque centrale européenne) ou la Banque de France puissent faire grand-chose concernant ce processus parlementaire. Les parlementaires et l'exécutif doivent prendre leurs responsabilités", a-t-il ajouté.
L'examen du budget 2027 a démarré mardi à l'Assemblée nationale, avec l'ambition de retrouver l'an prochain un déficit à 5 % du PIB. Mais son adoption apparaît très incertaine, faute de majorité et à l'approche de l'élection présidentielle l'an prochain.
Pour autant, Emmanuel Moulin, qui dirige la Banque de France depuis juin, a jugé que "la plupart des candidats à la présidentielle s'inscrivent dans (une) logique de réduction du déficit".
"Les moyens d'y parvenir peuvent être plus ou moins crédibles, mais je pense que, dans l'ensemble, nous avançons dans la bonne direction", a-t-il souligné.
Le gouverneur a rappelé que la France était déjà parvenue dans un passé récent à "réduire fortement son déficit", avant le passage à l'euro, ainsi qu'entre 2011 et 2019.
Cet assainissement passe, selon lui, par des "réformes structurelles", notamment des retraites, qui présentent le "double avantage" de favoriser la croissance et la soutenabilité des finances publiques.
"Confiance"
Plus tôt dans la matinée, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, avait estimé que la France allait devoir patienter avant de regagner la confiance des marchés.
"La France cherche actuellement à adopter un budget qui placerait son déficit et sa dette sur une trajectoire descendante. Il faudra toutefois du temps pour les ramener à des niveaux susceptibles d'inspirer confiance, une entière confiance, tant à la population qu'aux investisseurs", a-t-elle averti.
Ces pressions sur la situation budgétaire française sont exacerbées par la flambée des prix énergétiques provoquée par le conflit au Moyen-Orient, qui a conduit la BCE à remonter ses taux pour juguler l'inflation.
Parallèlement au durcissement de la politique monétaire, l'envolée des taux sur le marché obligataire contribue également à resserrer les conditions financières.
"Le choc pétrolier n'est pas le seul auquel nous sommes confrontés. Nous assistons à une hausse des rendements, notamment à long terme. Ce phénomène, qui a débuté aux États-Unis, se propage à l'Europe et touche tous les pays", a rappelé Emmanuel Moulin.
"Cette remontée des rendements exerce une pression sur les conditions financières. Elle pourrait peser sur la demande et amener (la BCE) à adopter une réponse plus modérée face au choc (inflationniste), dans la mesure où cette hausse des rendements fait aussi le boulot" pour enrayer l'envolée des prix, a-t-il expliqué.
Le gouverneur a cependant prévenu: "La politique monétaire peut et doit contribuer à préserver la stabilité des prix, mais elle ne saurait résoudre à elle seule tous les défis structurels de l'Europe en matière de croissance et de résilience".

14 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer